Aller au contenu

L’inflation : l’ennemi invisible de l’épargne

Mon argent perd-il de la valeur s'il dort ?

Bien investir Chiffres à jour au

Version Découverte · l'essentiel

La question

« Mon argent perd-il de la valeur s'il dort ? »

En une phrase

Oui, en partie : si les prix montent plus vite que ce que rapporte votre argent, la même somme vous permet d'acheter moins qu'avant. C'est l'inflation, une perte discrète, mais bien réelle.

Comment ça marche

L'inflation, c'est la hausse générale des prix. L'Insee la mesure en suivant les prix d'un grand nombre de produits et de services : en septembre 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an [1]. Ce que coûtait 100 € il y a un an coûte donc environ 103,10 € aujourd'hui.

Le pouvoir d'achat, c'est ce que votre argent permet d'acheter. Si votre épargne ne grossit pas aussi vite que les prix, vous avez davantage d'euros, mais ils valent moins.

Taux nominal, taux réel. Deux chiffres à distinguer :

  • le taux nominal est celui qu'on vous annonce : le Livret A rapporte 1,7 % depuis le 1er août 2026 [2] ;
  • le taux réel est ce qu'il reste après l'inflation. En première approximation, on soustrait : 1,7 % – 3,1 % ≈ – 1,4 point (le calcul exact, un peu différent, est dans la version Approfondie).

Attention : ce calcul rapproche deux chiffres qui ne portent pas sur la même période. Le taux de 1,7 % s'applique depuis août 2026 ; les 3,1 % mesurent les prix des douze derniers mois. Ce n'est donc pas le rendement réel qu'un épargnant a effectivement obtenu sur une année : c'est un ordre de grandeur de la situation actuelle, ni une prévision.

Un exemple

Inès a 10 000 € qui dorment depuis longtemps. Elle se demande ce qu'ils vaudront dans dix ans, en pouvoir d'achat d'aujourd'hui, selon que l'inflation sera de 2 % ou de 3,1 % par an (hypothèses).

Sur son compte courant (0 %)Sur un Livret A (1,7 %, taux supposé constant)
Inflation de 2 % par an≈ 8 200 €≈ 9 700 €
Inflation de 3,1 % par an≈ 7 400 €≈ 8 700 €

Sur son compte courant, Inès conserve 10 000 € sur le papier, mais ils n'achèteront plus que l'équivalent de 7 400 à 8 200 € d'aujourd'hui. Le livret limite la perte sans l'éviter.

Exemple fictif et simplifié. Inflation constante, hypothétique. Taux du Livret A supposé constant à 1,7 %, alors qu'il est révisé deux fois par an. Avant impôt ; les intérêts du Livret A sont exonérés.

À retenir

  1. L'inflation réduit ce que l'on peut acheter avec une somme donnée, sans que le montant affiché ne bouge.
  2. Ce qui compte, c'est le taux réel : en première approximation, le taux annoncé moins l'inflation, à comparer sur une même période.
  3. La réserve de précaution et l'argent des projets proches restent sur des supports sûrs et disponibles ; c'est l'argent durablement sans projet qui mérite qu'on s'interroge sur son placement.

Les pièges à éviter

  • Regarder le montant et pas ce qu'il permet d'acheter.
  • Juger sur un seul chiffre : l'inflation d'un mois ou d'une année ne dit rien de la suivante.
  • Fuir toute sécurité par peur de l'inflation : un placement plus rémunérateur est aussi plus risqué (voir fiche « Les bases de l'investissement : rendement, risque, durée »).

Ce que vous pouvez faire maintenant : calculer le taux réel de votre livret ou de votre fonds en euros avec la formule exacte, sur une même période.

Pour aller plus loin

Et pour vous, concrètement ?

Vous vous demandez quelle part de votre épargne garder disponible et laquelle faire travailler, ou si vos placements actuels tiennent face à la hausse des prix, ou des questions demeurent ? Le cabinet CADRENS vous reçoit pour un entretien découverte.

Prendre contact

Information à caractère pédagogique et promotionnel, qui ne constitue pas un conseil personnalisé. Les dispositifs évoqués dépendent de la situation de chacun et de la réglementation en vigueur, susceptible d'évoluer. Les placements non garantis présentent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Informations à jour au 19/10/2026.

Sources

Version Approfondie · pour aller plus loin

La question

« Mon argent perd-il de la valeur s'il dort ? » Et surtout : comment mesure-t-on l'inflation, que valent vraiment les taux des livrets et des fonds en euros une fois les prix pris en compte, et quels placements s'en protègent (ou non) ?

En une phrase

L'inflation est la hausse générale des prix, mesurée en France par l'Insee ; elle réduit le pouvoir d'achat de l'argent, et ce qu'il faut regarder pour juger un placement est son rendement réel (le rendement affiché, moins l'inflation), qui peut être négatif même pour un placement garanti [1] [3].

Comment ça marche

3.1 Mesurer l'inflation

L'Insee suit l'évolution des prix d'un ensemble de biens et de services consommés par les ménages, regroupés dans l'indice des prix à la consommation (IPC). L'inflation « sur un an » compare l'indice d'un mois à celui du même mois un an plus tôt.

Septembre 2026 [1] :

MesureValeur
Prix à la consommation, sur un an+ 3,1 % (+ 2,4 % en août)
Énergie+ 21,3 %
Services+ 2,4 %
Alimentation+ 1,4 %
Produits manufacturés– 0,3 %

Une moyenne cache des vécus différents. L'énergie est le principal moteur de la hausse en septembre 2026 [1] : un ménage dont les dépenses de chauffage et de carburant pèsent lourd dans le budget ressent une inflation supérieure à la moyenne, un ménage qui dépense surtout en produits manufacturés, une inflation inférieure. L'indice officiel est une moyenne : votre inflation personnelle dépend de ce que vous achetez.

3.2 L'inflation en perspective

PériodeInflation moyenne [3]
Après-guerre → milieu des années 1980≈ 10,1 % par an
1986 → 2001≈ 2,1 % par an
2005 → 2025≈ 1,6 % par an
20225,2 %
20234,9 %
20242,0 %
20250,9 %

Entre 2000 et 2021, la moyenne annuelle la plus haute a été de 2,8 % (en 2008) et la plus basse de 0,0 % (en 2015) [3]. Trois enseignements : l'inflation peut rester faible pendant des années, puis remonter vite ; elle ne se prévoit pas ; et son effet vient de l'accumulation (3.6).

3.3 Taux nominal, taux réel

  • Taux nominal : le taux annoncé.
  • Taux réel : le taux après inflation. Calcul exact : `(1 + rendement net) / (1 + inflation) − 1`, avec le rendement net de frais et d'impôts. Approximation courante : taux nominal – inflation, d'autant moins précise que les taux sont élevés. Exemple : (1 + 1,7 %) / (1 + 3,1 %) – 1 ≈ – 1,36 %, contre – 1,4 point par soustraction.
  • Sur une même période : un taux réel n'a de sens que si le rendement et l'inflation portent sur les mêmes mois. Un taux en vigueur depuis août comparé à une inflation sur douze mois donne un ordre de grandeur, pas un rendement réel vécu.
Placement (taux nominal)Inflation de référenceTaux réel (approximatif)
Livret A, 1,7 % net d'impôt et de prélèvements sociaux depuis le 01/08/2026 [2]3,1 % (sept. 2026) [1]– 1,4 point
LEP, 2,5 % net depuis le 01/08/2026, sous conditions de revenus [4]3,1 % (sept. 2026) [1]– 0,6 point
Fonds en euros, 2,63 % en moyenne en 2025, avant prélèvements sociaux (environ 2,2 % après prélèvements sociaux de 17,2 %) [5]0,9 % (moyenne 2025) [3]+ 1,7 point avant prélèvements sociaux, environ + 1,3 point après

Comparaisons indicatives : les périodes ne sont pas les mêmes (un taux de livret en cours, une hausse des prix sur douze mois, une moyenne annuelle). Les taux des livrets sont nets d'impôt et de prélèvements sociaux ; celui du fonds en euros est net de frais de gestion mais avant prélèvements sociaux, d'où les deux écarts de la dernière ligne [5]. Ces taux réels sont des constats sur ces périodes, pas une projection.

Un même placement peut être « gagnant » ou « perdant » selon l'année. Fonds en euros contre inflation moyenne, de 2022 à 2025 :

AnnéeRendement moyen des fonds en euros [5]Inflation moyenne annuelle [3]Écart (taux réel approximatif)
20221,9 %5,2 %– 3,3 points
20232,6 %4,9 %– 2,3 points
20242,6 %2,0 %+ 0,6 point
20252,63 %0,9 %+ 1,7 point

3.4 Les placements face à l'inflation

Aucun placement ne protège à coup sûr. Voici comment chaque famille réagit en principe :

FamilleLien avec l'inflationCe qu'il faut savoir
Livrets réglementésLe taux du Livret A est révisé deux fois par an selon une formule qui tient compte de l'inflation hors tabac et du taux interbancaire €STR, avec un plancher de 0,5 % [6]Le taux suit l'inflation avec retard et partiellement : en août 2026, l'inflation prise en compte était de 1,52 %, l'€STR de 1,95 %, d'où 1,7 % [6]. Le LEP a été maintenu à 2,5 % alors que la formule donnait 2,2 % [6]
Fonds en eurosPas de lien direct : leur rendement suit surtout celui des obligations détenues par l'assureurCapital garanti, mais le rendement peut rester en dessous de l'inflation (3.3) (fiche « Fonds euros et unités de compte »)
Obligations à taux fixeLe coupon est connu à l'avance : si l'inflation monte, le taux réel baisseIl existe des obligations dont les coupons ou le capital sont indexés sur l'inflation, plus techniques (fiche « Actions, obligations, fonds, ETF : le vocabulaire »)
ActionsLes entreprises peuvent répercuter la hausse des prix dans leurs tarifs et leurs bénéfices, mais rien n'est garantiSur 15 à 20 ans, les actions diversifiées ont rapporté en moyenne 5 à 7 % par an, soit davantage que l'inflation moyenne sur longue période (3.2) : un constat passé, avec des années de forte baisse [7]
ImmobilierPrix et loyers peuvent suivre les prix, sans garantieDépend du marché, des frais et de la possibilité de revendre (fiche « Les bases de l’investissement : rendement, risque, durée »)
Emprunt à taux fixeL'inflation allège la dette en euros d'aujourd'huiUn avantage pour l'emprunteur, la contrepartie de la perte du prêteur

3.5 Combien garder « qui dort » ?

On considère en général que la réserve de précaution doit représenter 2 à 6 mois de revenus [8] (fiche « L'épargne de précaution »). Ce montant « paie » la sécurité et la disponibilité : son coût, face à l'inflation, est le prix de la tranquillité. Au-delà, et à condition d'avoir vérifié ses projets proches et sa protection, une épargne durablement laissée sur un compte non rémunéré ou sur un livret perdrait du pouvoir d'achat sans contrepartie si l'inflation restait supérieure à son taux (hypothèse, pas une prévision).

3.6 L'effet cumulé sur dix, vingt, trente ans

Une inflation de quelques points paraît anodine d'une année sur l'autre. Cumulée, elle est considérable, à l'image des intérêts composés mais à l'envers (fiche « Les intérêts composés ») :

Inflation constante (hypothèse)Pouvoir d'achat de 10 000 € sans rendement après 10 ansaprès 20 ansaprès 30 ans
2 % par an≈ 8 200 €≈ 6 700 €≈ 5 500 €
3,1 % par an≈ 7 400 €≈ 5 400 €≈ 4 000 €

À 3,1 % par an pendant 10 ans, les prix augmentent de près de 36 % : ce qui coûtait 1 000 € en coûte environ 1 357.

Deux exemples

Exemple 1 — Quatre ans de fonds en euros : gagner de l'argent, perdre du pouvoir d'achat

Marc place 10 000 € sur un fonds en euros début 2022 et les laisse quatre ans (2022 à 2025). Il touche chaque année le rendement moyen du marché [5].

Résultat
Capital nominal fin 2025≈ 11 009 € (+ 10,1 %)
Hausse des prix cumulée sur les quatre années (inflation moyenne de 5,2 %, 4,9 %, 2,0 % et 0,9 %) [3]≈ + 13,6 %
Pouvoir d'achat fin 2025, en euros de début 2022≈ 9 693 € (– 3,1 %)

Marc a gagné 1 009 € sur le papier et perdu environ 300 € de pouvoir d'achat. Les années 2024 et 2025 ont été favorables, mais n'ont pas rattrapé 2022 et 2023.

Exemple fictif, calculé avec les rendements moyens du marché et l'inflation moyenne annuelle, qui sont des moyennes : un contrat particulier peut avoir fait mieux ou moins bien. Rendement net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux ; inflation en moyenne annuelle, pas en glissement de fin d'année. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Exemple 2 — Un complément de revenu dans 30 ans

Paul, 35 ans, aimerait disposer à 65 ans d'un complément de 1 000 € par mois, en pouvoir d'achat d'aujourd'hui. Combien faudra-t-il, en euros de l'époque ?

Inflation moyenne constante (hypothèse)Montant nominal nécessaire dans 30 ans
2 % par an≈ 1 811 € par mois
3,1 % par an≈ 2 499 € par mois

Pour viser « 1 000 € d'aujourd'hui », Paul doit raisonner en euros de 2056 : le montant nominal à viser est de 81 % à 150 % plus élevé que 1 000 €, selon l'inflation. Un objectif de retraite chiffré sans hypothèse d'inflation est donc un objectif mal calibré.

Exemple fictif et simplifié. Inflation constante et hypothétique, non prévisible. Le montant n'est pas un conseil de placement.

À retenir

  1. L'inflation se mesure en pouvoir d'achat : ce qu'une somme permet d'acheter, pas le montant affiché.
  2. Le taux réel (taux nominal – inflation) est le juge de paix : il peut être négatif pour un placement garanti, et varie beaucoup d'une année à l'autre.
  3. Aucun placement ne protège à coup sûr ; la réponse est de ranger son argent selon son usage, et de ne laisser dormir que le strict nécessaire.

Les pièges à éviter

  • Confondre taux nominal et taux réel.
  • Extrapoler le chiffre du moment : 3,1 % en septembre 2026 n'est pas une prévision, 0,9 % en 2025 non plus.
  • Raisonner en euros d'aujourd'hui pour un objectif lointain, sans tenir compte des prix futurs.
  • Croire que « garanti » signifie « protégé de l'inflation » : le capital est garanti en euros, pas en pouvoir d'achat.
  • Chercher à tout prix un placement « anti-inflation » et prendre un risque qu'on ne maîtrise pas.
  • Négliger l'inflation personnelle : la moyenne de l'Insee ne reflète pas son propre budget.
  • Vider sa réserve de précaution par peur de l'inflation : elle reste l'étage 1 de la pyramide de l'épargne.

Ce que vous pouvez faire maintenant : séparer votre épargne disponible en trois parts : réserve, projets proches, argent sans usage avant longtemps ; seule la dernière pose la question du rendement réel.

Pour aller plus loin

Faisons le point sur votre situation

Le cabinet CADRENS examine avec vous la répartition de votre épargne selon l'usage de chaque somme, le rendement réel de vos placements actuels et le capital à viser pour vos projets de long terme, en tenant compte de l'inflation. Nous répondons aussi à vos questions.

Demander un entretien découverte ou thibaut@cadrens.com

Information à caractère pédagogique et promotionnel, qui ne constitue pas un conseil personnalisé. Les dispositifs évoqués dépendent de la situation de chacun et de la réglementation en vigueur, susceptible d'évoluer. Les placements non garantis, dont les unités de compte, présentent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Informations à jour au 19/10/2026.

Sources